13 Beloved

Publié le par Jonathan


Le héros de 13 Beloved, Puchit, perd ainsi en une journée son travail de vendeur de matériel musical, sa voiture, et ses économies, qu'il promet de verser à sa famille dans le besoin. Au bout du rouleau et au bord du nervous breakdown, il reçoit alors sur son portable un appel mystérieux. Son interlocuteur lui promet une récompense de 100 millions de baths (environ 2 millions d'euros) s'il remplit suivant les conditions 13 épreuves différentes. La première d'entre elles étant... d'écraser la mouche se trouvant à ses pieds ! Incrédule, Puchit réalise que le généreux donateur connaît tout de sa vie et de ses moindres mouvements. Il finit aussi par se prendre au jeu, qui lui rapporte de plus en plus d'argent à chaque épreuve réussie. Celles-ci sont de plus en plus extrêmes et illégales, mais poussé par le besoin de renflouer son compte, et pourquoi pas de devenir plus riche que son ex-patron, il s'exécute avec la férocité du désespoir. Mais ce faisant, il s'attire bientôt les foudres de la police locale et l'inquiétude de sa collègue, qui perce petit à petit les mystères de ce jeu pervers...

L'un des plus jeunes réalisateurs du pays, Chookiat Sakweerakul, 25 ans, réalise dès son deuxième long-métrage un coup de maître, évoquant tout à la fois The Game, Saw et la descente aux enfers de Chute libre. Jouet du destin abandonnant toute humanité à chaque étape, Puchit (incarné par un chanteur de boys band, Krissada Sukosol, se révélant ultra charismatique) est l'équivalent asiatique de l'homme anonyme qu'incarnait Michael Douglas dans le film de Joel Schumacher, trimballé d'un bout à l'autre de la ville au gré des appels de son bourreau/bienfaiteur. Qu'on lui demande de manger un plat très spécial (prière de garder la surprise pour les gastronomes raffinés), de remonter un cadavre à la surface ou d'escorter une vieille dame vers un drame fatal autant qu'inattendu, Puchit s'exécute et s'embourbe à chaque fois un peu plus. Persuadé de gagner cette somme mirobolante, avide de pouvoir goûter au luxe dont rêvent tous ceux qui grattent chaque jour leur ticket Euromillions. En somme, Puchit est un homme comme nous, poussé vers la sortie et qui s'autorise à défier la société pour avoir sa part du gâteau.


La démonstration imaginée par Sakweerakul est terrible. Elle se révèle d'autant plus efficace que le film est mené tambour battant, laissant à peine respirer le spectateur entre deux défis, et trouvant des moyens toujours plus imaginatifs de faire avancer plusieurs intrigues en parallèle (la course de Puchit et l'enquête de Tong, sa collègue). Comme tout bon thriller à suspense, 13 Beloved est un film participatif, où l'audience est amenée à imaginer à l'avance les détails de chaque épreuve, et à anticiper avec angoisse l'escalade vers l'horreur que symbolisera la suivante. A ce petit jeu, le film fait très fort dans le macabre et l'amoralité : plus que des menus larcins, les petits jeux de cette maléfique société deviennent de véritables massacres organisés. Lorsqu'on voit que dès la quatrième épreuve, Puchit est amené à tabasser un sans-abri pour lui voler son argent, on s'imagine les pires drames pour la suite. Et, forcément, on n'a pas tort.
Chef d'oeuvre d'une violence graphique et thématique éprouvante, quasi-anarchiste, 13 Beloved trouve ses seules limites dans son ultime épreuve, une résolution à base de flashback et de retournement de situation pas entièrement convaincante, mais d'une noirceur aveuglante. Sans insistance, par la grâce d'un panoramique horizontal et d'une réplique d'autant plus glaçante qu'elle est lancée par un adolescent, 13 Beloved nous implique tous, spectateurs passifs et divertis, dans cette spirale obscène. Impossible d'en dire plus sans déflorer le suspense de cette bombe thaï récompensée par le Corbeau d'Or du dernier BIFFF de Bruxelles et le grand prix du Fantasia Festival de Montréal, mais une chose est sûre : vous ne regarderez plus jamais Youtube de la même manière après ça !
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